livreJeregarde

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28 février 2011, Bilhères
Il neige. D’abord la pluie, des gouttes un peu plus lourdes. Par la fenêtre, je vois une fois des gros flocons, ça y est il neige, une fois il pleut. Neige. Le sol blanchit. Les trajectoires des flocons se croisent, ceux qui arrivent sur le toit ont l’air de remonter. La neige tombe, la forêt est toute brouillée.
L’hiver, le vrai, je repousse l’idée, le jardin, les fleurs qui commencent à sortir, l’idée du printemps. Quand il arrive vraiment c’est presque un soulagement, je n’ai plus qu’à regarder la neige tomber, à goûter la douceur d’être au chaud dans la tourmente. Par mes fenêtres je regarde des pans de paysage, chacun est un tableau.

 

Gabizos_P

7 avril 2011, Bious-Artigues
Je marche sur la route en pensant à avant. Avant quand nous étions enfants que notre papa prévoyait un casse croûte du petit matin à prendre sur une table du parc national, le temps de s’habituer à l’altitude, un complément au bol de lait avalé trop vite. Je marche sur la route en pensant à la nuit, chaque virage senti sans avoir besoin de le voir, le bruit des cloches, les brebis de nos amis. Je marche seule sur la route en pensant à la cohue de l’été. De l’avalanche il ne reste pas grand chose, ce n’est pas une grande année de neige. Jonquilles au bord du lac. L’Ossau majestueux pour les cartes postales, le lac devant. Aquarelle accroupie au milieu des jonquilles, photos à plat ventre dans l’herbe pour viser l’Ossau.

26 juin 2011, Balour pic de Gourzy
C’est raide dans la forêt, des arêtes de lapiaz affleurent dans l’humus noir. Restes de chemin dallé, petits murs de soutènement. Dentaire pennée, Meconopsis cambrica, Saxifraga hirsuta, forêt fraîche. La gorge toute luisante d’humidité. Un barrière rafistolée de ficelle bleue, une trouée de lumière et de verdure avec des vaches couchées, c’est l’Artigue de Balour. La prairie bien plate nichée entre de hautes parois de calcaire gris. De tous ces endroits qui sont un peu notre jardin affluent des souvenirs.

Tu te rappelles ces gens mécontents que nous avons rencontrés, là où le sentier est horizontal en balcon sur la forêt ?
Ah ! oui très bien, je n’avais rien répondu, j’aurais pu devenir agressif.
Cette balade leur avait été conseillée, ils étaient déçus, trop long, trop raide, pas de vue, paysage triste, rien à voir. Nous les écoutions se plaindre en regardant la forêt toute dorée, les feuilles tombaient en virevoltant sur fond de ciel turquoise, les parois grises et le petit cirque de Balour. Des vols de grues s’étaient succédés très bas toute la journée tellement nombreux que nous ne savions plus si leurs cris résonnaient encore en nous ou si de vraies grues nous survolaient encore.

2 septembre 2011, Bilhères
Les nuages glissent sur la forêt, j’écoute le bruit de l’eau. Ils sortent du ravin après le village. Une vapeur, un voile, comme du flou sur le fond sombre des arbres se condense et s’étire aspiré par le gris d’en haut, le gris qui masque les sommets. Assise sur une chaise de jardin, je sens le froid du fer, si je fixe le nuage c’est la forêt qui défile. En bas, loin sous le village, des vaches montent, j’entends le son assourdi des cloches. J’écoute la progression du troupeau dans les lacets de la route.